Section BB11

 

Après le résultat du 1er tour des élections, j'étais tenté en bon citoyen d'écouter pérorer à la télé tous les gagnants du 1er tour. Las, je suis saoul d'entendre toujours et encore la langue de bois, qu'elle soit départementale, régionale ou nationale ! La langue de bois reste de bois et me laisse de marbre. C'est comme l'art national de Pékin la communiste, de Pyongyang la dynastique populaire, de Moscou la soviétique, de Berlin la nationale-socialiste, de Rome la fasciste, l'art officiel reste un art totalitaire où la part de créativité est inversement proportionnelle à la part de propagande. Tout Art qui n'est pas soufflé par la dictature est un art dégénéré, c'est bien connu ! Il n'existe ni langue pure, ni art pur, n'en déplaise aux puristes de tous crins. Le seul crin qui m'inquiète est celui qui retient l'épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête des artistes prisonniers. J'ai une pensée émue pour Nolde, Kirchner, Beckmann, Kokoschka, etc. La liste est longue comme celle de Schindler.

Bref, j'ai éteint et, délaissant les écrits d'auteurs tels Kouchner et Sarkozy, j'hésitais entre un roman de Julia Kristeva, une pièce de Ionesco (Rhinocéros, par exemple) et la recherche d'un aphorisme de Cioran tiré de son ouvrage De l'inconvénient d'être né, qui servirait de titre à cet édito; j'ai bien pensé relire Le Gone du Chaâba d'Azouz Begag. Pourquoi pas une BD d'Uderzo et Goscinny ou de Riad Sattouf ? Sans oublier Wolinski. Voilà pour la lecture.

Pour le plaisir des oreilles, j'avais le choix entre des airs d'Offenbach, d'Aznavour, de Dalida, de Gainsbourg, de Goldman, de M. Pokora et -M- Chedid, de Calogero ou du belge Johnny Hallyday. Moustaki j'aime bien aussi ("Avec ma gueule de métèque, de juif errant, de pâtre grec…"). Ou encore entre des sketches de Coluche ou de Jamel. J'allais avoir du mal à me concentrer. C'est pas rien une élection présidentielle. C'est comme élire un roi, le moment est divin, c'est toutefois un tournant dans une vie. J'ai alors pensé lire et boire en même temps, c'est à dire goûter Alcools de Guillaume Apollinaire tout en sirotant différents rhums des Caraïbes ou des rouges d'ailleurs (du Chili, de Californie, d'Afrique du sud, ben oui, je ne bois pas que du lait normand !) car le soleil n'a pas de frontière. Comme l'homme, qui adore se promener, voyager, travailler sur place et visiter, repartir ou rester si l'accueil lui permet de s'épanouir amoureusement et artistiquement. J'ai donc hésité entre pas mal d'oeuvres. C'est planant d'avoir le choix ! Le sourire de la liberté vous transporte haut dans le ciel.

Finalement, pour le plaisir des yeux et des oreilles, j'optais pour un bon film du Patrimoine, genre Lelouch ou Mocky. Mocky, c'était mon idole quand j'étais jeune (au siècle dernier). Comme le temps passe, comme le cinéma change, comme les gens ont la mémoire courte ! Et puis non ! Atiq Rahimi m'avait tellement bouleversé avec ses deux textes Terres et Cendres et Syngué sabour. Pierre de patience, que j'ai voulu revoir l'adaptation cinématographique de Syngué sabour avec l'extra-ordinaire Golshifteh Farahani que la France a accueillie, que la France n'a pas su garder.

On est dimanche, les footeux pensent à Zizou ou à Kopa récemment disparu; on est dimanche, le canapé rouge (encore de la politique !) de Michel Drucker est vide, vivement dimanche prochain qu'on revoie Populaire de Régis Roinsard, le film tourné à Lisieux ! Ou qu'on prenne un autre DVD dans lequel joue encore l'actrice argentine Bérénice Bejo (je vous recommande, Le Passé de l'iranien Asghar Farhadi mais The Artist de Michel Hazanavicius est un bijou); ou qu'on sélectionne un autre DVD dans lequel joue l'acteur Juan Moreno y Herrera-Jiménez (plus connu sous le nom de Jean Reno). Pour ceux qui préfèrent les mots, lisez La vie mode d'emploi de Georges Perec.

A la lecture de cet édito, je m'aperçois que j'abuse du "ou" ou du "ou bien". Il est si bon d'avoir le choix sans qu'on vous l'impose ! Et à la lecture de ce programme A.P.C. mai/juin 2017, vous avez le choix entre sept films en V.O.S.T., la Version Nationale n'étant pas sous-titrée. Avec en prime une "Soirée Italienne" et ses gourmandises préparées par le Comité de Jumelage Lisieux/Mogliano-Veneto. Bonne dégustation !

Pour l'A.P.C.   Didier Mayeur

 

 

P.S. Ceux qui cherchent plus de renseignements sur "BB11" risquent de tomber sur "Big Brother" (ce qui n'est pas faux quand on y pense), sur "Biceps sur Banc incliné" (il faut dire que des gros bras on en trouve en politique, comme les éléphants) ou sur "Bb11 Chord" pour apprendre la guitare. Il y en a toujours qui sont prêts à nous jouer la sérénade et on sait comment ça se termine ! Qu'ils cliquent plutôt sur "Archives Nationales" ! Ils y trouveront des infos sur la Section BB11et les naturalisations. Ils peuvent également lire l'article du Figaro (18.11.2010) "Le jour où ils sont devenus français", ainsi que l'article de L'Obs-Rue 89 (09.01.2011) titrant "Ces écrivains dont le français n'est pas leur langue maternelle". Bonne lecture !