Voir d’un autre oeil

Le début de saison est très prometteur. Déjà six Soirées, dont deux en présence de réalisateurs, Antoine Desrosières pour A genoux les gars et Saïd Hamich pour Retour à Bollène, ce dernier étant nominé pour le Prix Louis Delluc.

Cette vitalité de la programmation n’est pas le seul fait de l’A.P.C. Elle est due aussi aux liens culturels tissés ici et là sur le territoire et à la clairvoyance de Grégoire Reynaud, Directeur du Majestic. Si des Associations souhaitent un partenariat ponctuel, qu’elles n’hésitent pas à nous contacter.

Cette vitalité reflète également la volonté des réalisateurs et des spectateurs de faire bouger les choses. Le cinéma reflète l’image d’une société en mouvement qui lutte contre l’immobilisme et la paresse. Ce n’est pas un hasard si En liberté ! de Pierre Salvadori cartonne en ce moment. Adèle Haenel (déjà invitée par l’A.P.C.) incarne une femme qui écoute son coeur mais qui ne veut pas suivre une société statique, corrompue qui méprise le respect et le partage. Elle bouge, elle décide, elle prend les choses en mains. Cette comédie raconte beaucoup de choses, mine de rien. Tout comme Nos batailles ou Girl.

Lors du Ciné-Rencontre avec Antoine Desrosières invité par le CIDFF 14, le réalisateur a mis en scène des filles qui s’interrogeaient sur leur statut de victimes des machos. A genoux les gars, au titre provocateur, a choqué plus d’un(e) spectateur(trice) et, la lumière à peine rallumée, les invectives ont plu sur le réalisateur, lequel a assumé complètement son film. A la lueur des remarques et des explications, le dialogue s’est instauré entre un public déconcerté par ce film aux scènes scabreuses (hélas le quotidien de certains de nos enfants), l’équipe du CIDFF 14 et le réalisateur. C’était le but. Antoine Desrosières, qui sillonne la France et partage son film avec les établissements scolaires, a su par sa patience, son écoute et ses arguments toujours solides, faire comprendre l’intérêt et l’utilité de son film. Parlons des tabous pour dénoncer ceux qui s’en servent pour asservir ! Du coup, le film a été vu d’un autre oeil. Je tiens alors à remercier la spectatrice qui a rué dans les brancards en affirmant de vive voix que le film était nul. Elle a voulu quitter la salle mais Antoine Desrosières a instauré avec intelligence un dialogue entre elle et lui et le public. A la fin des échanges, cette spectatrice est venue saluer le travail du réalisateur. Bravo, madame ! Respect ! Nous regrettons seulement que ceux qui ont bougonné et fermé les yeux face à ce sujet soient partis. Jouer les autruches ne sert à rien. L’Homme va de l’avant, il ne s’enterre pas ! Il a des jambes pour avancer et des yeux pour voir autrement le miroir aux alouettes de certains. Le cinéma est là pour nous le rappeler. Le 7° Art bouge et ouvre les esprits. Les villes, les régions et l’Etat devraient voir leurs politiques d’un autre oeil.

Pour l’A.P.C. Didier Mayeur